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« Entre 22h et 1h, c’est mon temps le plus productif. » | Entrevue avec Charles-Alexis Desgagnés

La semaine dernière, La Résistance nous partageait son bonheur de rassembler des « chorégraphes qui nous inspirent sans fin » dans ce beau projet qu’est Minuit quelque part. À compter d’aujourd’hui, nous vous présentons chacun de ces créateurs.


Commençons avec Charles-Alexis Desgagnés. Cet artiste de la relève, connu autant du grand public (Révolution 2018) que du milieu de la danse contemporaine, nous dévoile ses impressions sur le projet, ses idées chorégraphiques et ses goûts musicaux éclectiques.



Où se situe Minuit quelque part dans ton parcours en tant que chorégraphe ?


Charles-Alexis : Ça se situe en plein envol, en pleine expansion, parce que cet automne, je présente L’appel des braises en première à Agora de la danse, puis je vais être présenté dans le cadre de ce projet à Danse Danse cet hiver, donc c’est beaucoup de premières fois en peu de temps. Minuit est mon premier grand plateau et je suis content que ça soit un 10 minutes et pas 1h20 d’un seul coup ! Ça s'inscrit pile poil au bon moment dans ma carrière de chorégraphe et je crois que ça va vraiment être une belle façon de préparer la suite aussi.


Comment abordes-tu la commande chorégraphique ? Est-ce que c'est quelque chose que tu as déjà fait ?


Charles-Alexis : J’en ai déjà fait pour des écoles, mais avec des professionnels c’est techniquement ma première commande (une autre première !). J’ai toujours aimé les contraintes et les défis, et là c’est une double contrainte, parce que non seulement c’est une commande, mais c’est avec sept autres chorégraphes, des metteures en scène, etc. Il y a beaucoup de gens autour de la table, et ça devient très spécial parce que ça s’inscrit dans un échiquier très différent d’une commande traditionnelle. C’est excitant, et je sens qu’on est très bien pris en charge. Je m’adapte aux demandes, mais j’ai quand même une autonomie. D’un point de vue musical par exemple, d’habitude je décide beaucoup où ça va en collaboration avec le compositeur et là, c’est une autre formule et c’est le genre d’adaptation qui, à mon sens, fait partie d’une commande. Contrairement à mes projets, je n’ai pas à m’occuper de tout, et il y a quelque chose de très satisfaisant et de très apaisant dans l’idée de faire « juste ma job ». C’est rare en danse contemporaine !


Qu’est-ce que la thématique de ton tableau t’inspire ?


Charles-Alexis : Il y a quelque chose, dans l’idée du bain de minuit, que je trouve euphorique et cathartique. Je vais vraiment jouer dans cette idée de fin de soirée, quand le soleil se lève et qu’on laisse libre cours à sa folie, à son animalité interne. Je pense que ça va être exaltant. Je compte bâtir quelque chose qui va culminer dans une apothéose sensorielle en allant dans quelque chose d’extatique, dans une corporalité pure. Je prends en considération la grandeur du plateau, la musique et le moment du spectacle dans lequel ma partie s’inscrit. Et à travers tout ça, je veux mettre les interprètes en lumière et rendre hommage à l’espace sacré qu’est la scène. Je suis vraiment excité parce qu’on m’a confié le tableau final.

Qu’est-ce qui te stimule le plus dans ce projet collectif ?


Charles-Alexis : Je travaille en petite équipe en ce moment pour mon solo L’appel des braises. Avec Minuit, je vais passer à quelque chose de vraiment massif, avant de me réaligner vers un projet de taille moyenne avec ma compagnie. Ça va beaucoup m’informer sur ce que j’aime, ce qui fonctionne bien ou moins bien, ce que j’ai envie de faire. Je vois cette expérience comme un apprentissage énorme. Aussi, je suis le plus jeune du projet et c’est vraiment inspirant de partager la scène avec du monde qui ont dix, vingt ans d’expérience chorégraphique . Minuit, ça va être un tremplin pour moi et je suis full reconnaissant de ça. C’est génial, en fait.


Comment définirais-tu ta signature chorégraphique ?


Charles-Alexis : Je dirais que c’est très insectoïde, et physiquement engagé, quelle que soit la rythmique. C’est quelque chose de très technique, mais ce n’est pas de la haute voltige balletique, c’est de la virtuosité d’états de corps, de travail de sol et de partenariat osmotique. Il y a une espèce de décortication animale du corps, une utilisation surprenante de la mobilité, une étrangeté bienveillante, un groove d’arrière-plan. Assurément, on est dans de la haute voltige, mais hors du cadre vertical et des codes du ballet classique,

Parle-nous de tes influences artistiques, pop et contemporaines.


Charles-Alexis : Niveau pop, je suis beaucoup dans la vulgarisation et l’accessibilité, c’est quelque chose que j’aime. En ce moment j’écoute beaucoup Jungle. Ils font des vidéos avec des tracks très entraînantes avec des danseurs de top qualité dans un style commercial urbain, avec beaucoup de finesse. Leurs vidéos deviennent virales et c’est vraiment bon ! Sinon, il y a Lana Del Rey qui est un petit plaisir coupable, et j’écoute beaucoup d’artistes québécois francophones, comme Klô Pelgag, Peter Peter et Mada Mada qui fait de la musique de film, des albums pop et la bande sonore de mon show qui s’en vient ! Je trouve que Moby est un bon équilibre entre commercial et contemporain, et il y a aussi Enya et Loreena Mckennitt qui, dans les années 80 – même si ce n’était pas de la musique « commerciale » – étaient tellement populaires !


Du côté de la danse, j’aime beaucoup l’approche de vulgarisation de la compagnie israélienne Batsheva. Un des défis en création contemporaine, c’est de garder son identité tout en respectant son public. La ligne est très fine. Crystal Pite est un bon exemple de chorégraphe canadienne qui est intègre dans son style et qui remplit les salles. Il y a une clarté dans son travail et c’est accessible sans être convenu : je trouve ça inspirant.


Pour toi, minuit est synonyme de…


Charles-Alexis : Éveil. Entre 22h et 1h, c’est mon temps le plus productif. C’est là que j’ai le plus d’idées, que je travaille, que je mange, que je bouge, que je suis inspiré. C’est aussi le meilleur moment pour danser, c’est là que j’ai le plus d’énergie.


Ne manquez pas Charles-Alexis Desgagnés dans L’appel des braises, du 11 au 14 octobre, à l’Agora de la danse. La pièce sera ensuite présentée à Ottawa, Lévis, Toronto et en sélection officielle à Parcours Danse.


Découvrez quand la passion de Charles-Alexis passera près de chez vous !


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